Poisse, déveine, coup dur, véritable bordel ou même chienlit pour les plus décatis d’entre nous, les adjectifs fleuris sont pléthore quand il s’agit de caractériser les deux années bien relous dont nous sortons, espérons-le pour de bon.

concerts-scene-hellfestOn y a cru pourtant. Par deux fois on a retourné la baraque pour retrouver nos bouchons d’oreilles, on a ciré religieusement nos Dr. Martens et épluché la prog à la recherche d’un petit groupe de death chrétien kirghize qui serait passé sous nos radars. 

On a fait semblant. On a compté les jours, on a monté un planning serré, on s’est imaginé fonçant entre la Valley et la Warzone pour ne rater ni Envy ni Walls of Jericho — à moins de tomber dans un piège tendu par les meilleurs potes d’un soir rencontrés en chemin au bar à Muscadet —, on a imaginé par avance les rires et les cris et la tiédeur de la bière en tentant en vain d’oublier un autre compteur, celui des morts qui chaque semaine s’affolait un peu plus.

On s’est fait une raison, une fois. On a pensé à tous ces vieux en Ehpad, non seulement privés de Hellfest, mais aussi de sorties et de visites et d’humanité — en somme privés de dignité tout court —, et on s’est consolé en partageant un moment en direct, en dégustant la noirceur inégalée de Regarde Les Hommes Tomber ou la bonhommie de la troupe de Pogo Car Crash Control.

On a rongé son frein, une deuxième fois. On s’est consolé en retrouvant ses vingt ans at home grâce aux valeureux Loudblast ou en se rattrapant d’un concert mille fois reporté des indicibles Great Old Ones.

bassistes-hellfestOn a été sages, on a été patients, mais maintenant on n’en peut plus. Maintenant on veut les oreilles qui saignent, on veut la sueur de son voisin dans son verre, on veut ses trois litres de bière quotidiens. Maintenant on veut faire la nique à cette saloperie de virus, au pessimisme et à la noirceur dans lesquels il a plongé notre monde, maintenant on ne le laissera plus commander, on ne le laissera plus décider. 

Maintenant, je veux que l’on me rende le Hellfest. Et je ne dis pas ça simplement au regard de la programmation exceptionnelle de ces deux week-ends — sachant en plus que je suis toujours carafe pour le deuxième, me battant comme beaucoup chaque jour avec TicketSwap où même Lucky Luke aurait du mal à attraper la queue du mickey, je dis ça seulement pour les gens.

Nous avons tous été ces derniers mois privés de voir nos proches, nos amis. Et si mes parents sont morts depuis un moment maintenant, si je pensais ne plus avoir de famille, je me suis rendu compte que je me trompais. Ma famille me manque bien, et cette famille, ce sont les 70 000 visiteurs quotidiens du Hellfest.

À très vite donc, boys and girls. Hâte.