Je ne sais plus trop comment je me suis retrouvé au Hellfest avec un appareil photo en main. Et à dire vrai, la question importe peu, la vraie question, la première à se poser, serait de se demander comment je me suis retrouvé au Hellfest tout court.

faces-hellfestCela faisait un paquet d’années que j’avais quitté les rives du métal pour d’autres contrées, soit tout aussi extrêmes – free jazz, musique expérimentale, ad lib. – soit beaucoup plus consensuelles, mais à la fois plus aimables avec les tympans et moins ingrates pour mon entourage qui, allez savoir pourquoi, n’aura jamais cerné la poésie de Napalm Death ou d’Anal Cunt. Tout juste alors me contentais-je à certains moments de mon existence — ces moments où la colère ou la tristesse ou l’impuissance, ou les trois ensemble m’assaillaient — de puiser dans mes CD (pour la plupart rayés et couverts de taches douteuses) et balancer quelques indémodables sur le volume maximum en hurlant dans le soleil couchant — oui, comme beaucoup, le désespoir me prend souvent au crépuscule. C’étaient alors toujours les mêmes disques, les mêmes artistes. Souvent le trash de la Bay Area, souvent aussi le grindcore de Birmingham, et parfois quelles entorses à mes anciens goûts de jeune homme – un Morbid Angel par-ci, un Korn ou un Tool par-là. Mais toujours des albums de plus de 25 ans. Bref, la discographie poussiéreuse d’un ancien adolescent, un adolescent en colère et triste et impuissant du soir au matin, lui.

HELLFEST-ENFANT-PHOTO Et puis mon pote Screech — gloire à lui — a déménagé à Nantes il y a quelques années. Et puis il a dit : « Et si l’on allait boire des bières au Hellfest ? » et il a pris des pass et il m’en a offert un — encore gloire à lui —, et ça dure depuis trois ans, bientôt quatre. Bientôt quatre ans que Screech m’offre et l’entrée du festival et le gîte et le couvert — ai-je déjà dit tout le bien que je pense de ce garçon ? — et que nous allons boire des bières pendant trois jours. Durant ces trois dernières années, j’ai découvert beaucoup des inénarrables débats du landerneau des festivals : querelle des anciens contre les modernes (« Depuis Reign in Blood, Slayer fait de la vraie merde ! »), discours d’alcooliques patentés (« Je suis sûr qu’ils la coupent à l’eau leur putain de bière je te dis, goûte ! ») ou leçons de spécialistes autoproclamés (« c’est plus ce que c’était le Hellfest, c’est devenu un repaire de bobos branchouilles ! »). J’ai aussi découvert de bons groupes, versé ma larme devant des artistes qui ont sauvé mes dix-sept ans. Mais aussi et surtout j’ai redécouvert un public. Des gens gais, ouverts, chaleureux, drôles, heureux. En un mot : des gens beaux.

C’est pour cela que je prends toujours mon appareil photo quand je vais au Hellfest. Pour capter un peu de beauté et d’humanité.

-Hellfest 2015-2017-