Hellfest-scene-2019C’est si loin, avouons-le. Le monde d’avant, comme pérorent les guignols des médias bourgeois en tentant d’y croire, en tentant de nous faire avaler qu’ils ont pas déjà essayé de nous faire le coup par le passé, en 19, en 45, en 68, le coup du monde d’après, un monde où l’on aurait appris de nos erreurs, de nos bassesses, un monde plus sage, plus égalitaire, où les riches seraient moins cons, et les cons moins riches. Si l’on excepte que nous sommes désormais condamnés pour un bon bout de temps à tous nous trimballer avec un slip sur la tronche, rien n’a changé évidemment.

Ce sont toujours les mêmes, les pauvres, les délaissés qui crèvent en masse, ce sont toujours les mêmes qui trinquent et qui pleurent et qui ont seulement leurs souvenirs de jour heureux pour avaler la pilule.
Mes souvenirs à moi, ils sont pas mal évaporés, je l’avoue. Comme j’aime bien attendre un peu avant de revenir sur une édition du festival, voir les shows qui restent, les rencontres qui marquent après plusieurs mois, je me suis fait bêtement cueillir. Bientôt on n’a plus parlé que de ça, bientôt il n’y a plus eu que notre banquier sous coke, nous enjoignant à chevaucher le tigre ou je ne sais quelle autre connerie, alors entre les librairies désespérément fermées quand je venais de publier un roman dont l’écriture m’avait pris cinq ans et la perspective de plus en plus claire qu’on allait s’asseoir sur l’édition 2020, j’ai préféré de ne pas y repenser, j’ai préféré ne pas me faire souffrir.
Hellfest-scene-magique-2019C’est seulement près de deux ans après que j’arrive à y repenser. Et encore. Parce qu’en fait, c’est surtout à l’édition de 2016 que je repense, à ces deux mecs devant moi durant le concert de Black Sabbath, deux vieux potes j’imagine, soixante ans bien sonnés, venus verser leur larme pour le concert d’adieu d’Ozzy et sa bande, de ce putain de groupe qui, je l’ai senti alors, avait simplement écrit la bande-son de leur vie à ces deux zozos. Je les avais vus chialer et ça m’avait ému et je m’étais dit qu’un jour ça serait mon tour aussi. Je pensais juste pas que ça arriverait si tôt, et je me suis rappelé d’eux le soir du dernier concert français de Slayer.

On était légion (évidemment) massés au premier rang à avoir les yeux brillants et la voix éraillée pendant ce qui demeura l’un de mes plus beaux moments, toutes éditions confondues. On était un bon paquet à enterrer quelques-unes de nos plus bruyantes années ce soir-là, mais on n’a pas pleuré. Ou alors, seulement à cause de la putain de chaleur de l’enfer.
Dance with dead is still our dream.

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